Douglas Stuart - Young Mungo
He wondered how it would feel to go home, now that he had seen more of the world in a single day than in fifteen years. (p.155)
Lors de ma première visite à Waterstones, ce livre m'a tout de suite attiré l’œil à cause de sa couverture (superficiel·le et fier·e 👌👌). J'avais lu vite fait le résumé dans la couverture intérieure gauche, qui restait assez évasif, et je me suis dit que je n'allais quand même pas acheter le livre juste pour sa couverture. Mais je l'ai fait en revenant au magasin juste avant de partir à Liverpool, en me disant que c'était pas tous les jours qu'on avait un choix aussi conséquent de livres à thématiques LGBT (et aussi que je voulais ré-apprendre à lire des choses que j'aime et que je choisis).
Alors que j'avais le livre dans les bras (et d'autres avec), le vendeur qui s'occupait du rayon est venu me voir et m'a dit que c'était son livre préféré (et m'en a conseillé d'autres, que j'ai pris avec).
J'ai commencé à le lire dans le bus, et j'ai été occupé bien deux semaines.
Synopsis
source : Waterstones
Born under different stars, Protestant Mungo and Catholic James live in the hyper-masculine and violently sectarian world of Glasgow's housing estates. They should be sworn enemies if they're to be seen as men at all, and yet they become best friends as they find a sanctuary in the pigeon dovecote that James has built for his prize racing birds. As they find themselves falling in love, they dream of escaping the grey city, and Mungo works especially hard to hide his true self from all those around him, especially from his elder brother Hamish, a local gang leader with a brutal reputation to uphold.
But the threat of discovery is constant and the punishment unspeakable. When Mungo's mother sends him on a fishing trip to a loch in Western Scotland with two strange men whose drunken banter belies murky pasts, he will need to summon all his inner strength and courage to get back to a place of safety, a place where he and James might still have a future.
Mon expérience de lecture
Une romance à la Roméo et Juliette
- entre deux garçons;
- entre deux personnes de religions différentes durant les Troubles.
Et personnellement, c'est toujours le type de relations qui m'attire le plus dans une lecture. Les personnages font face à des dilemmes (aller se battre dans un conflit qui les dépasse pour protéger l'autre par exemple) et doivent vivre dans le secret de leur famille respective.
Le livre est écrit dans deux temporalités différentes :
- l'histoire d'amour naissante entre Mungo et James (dans le passé)
- une sortie à la pêche de plusieurs jours entre Mungo et deux hommes beaucoup plus âgés, censé faire de lui un homme, sans James (dans le futur)
Mungo wished that James was here with him, or Jodie, but mostly James. It would be grand to have someone who knew that he wasn't making it all up. Mungo picked at the ochre lichen and felt frustrated that he wouldn't have the words to paint it all again for Jodie or Hamish or Mo-Maw. Even if he could describe it, he knew that they wouldn't care anyway; they would make him get up off the clothes that still needed ironing or ask him to hold the box of car radios they had stolen. They would look at him with a bored chew and wonder when his stories of this golden-green place would be over.
But maybe James wouldn't. James would have listened to him tell his stories, and when Mungo showed him the photo of ram's skeleton, James would ask if there had been a rancid smell (there had not), he would ask if there'd been any wool sticking to the underside of the carcass (there had been, it was cream-coloured and curly). He wished James was here. James would have cared. (p.155)
Le double déroulement fait que l'on ne sait jamais vraiment pourquoi les personnages sont là où ils sont et que l'on attend le point de bascule entre passé et futur.
Au début, je m'attendais à un livre vraiment feelgood, dans lequel l'environnement est violent mais où les personnages sont en sécurité. Ce n'est pas le cas et on s'en rend compte environ à un quart du livre.
Un livre d'une extrême violence qui aurait mérité des content warning
C'est un peu mon gros regret, je me suis senti un peu bête de ne pas avoir remis toutes les pièces du puzzle ensemble, mais deux des scènes aurait mérité un content warning parce que je ne m'attendais pas à les lire (alors qu'avec le recul, il y avait tout autour pour amener à ça). Je parle d'une scène de viol que j'étais en capacité de lire, mais qui m'a surpris parce que les éléments mignons du passé ne me faisaient pas m'y attendre. Le personnage est d'une grande naïveté et c'est peut-être aussi pour ça que je n'ai rien vu venir en lisant à travers ses yeux.
Bref j'ai beaucoup pleuré, surtout avec les commentaires de type "ah t'as pas aimé ? pourtant avec lui tu l'as fait ? de toute façon si tu dis quoi que ce soit les gens auront pitié de toi toute ta vie et même ta mère pourras plus te regarder." Pour moi la violence s'arrêtait à l'environnement mais je ne pensais pas que les personnages la vivraient directement.
Le livre fait aussi mention d'une situation claire de grooming et d'avortement-maison, à savoir à l'avance selon moi.
Une plongée dans le passée d'une génération d'homosexuels
J'ai beaucoup aimé le fait de pouvoir lire des choses assez concrètes sur le fait d'être homosexuel dans le passé. Trois éléments m'ont particulièrement marqués :
- la solidarité intergénérationnelle entre un homosexuel plus âgé expérimentant au quotidien le harcèlement et un gars plus jeune encore dans le placard. C'était un des éléments les plus bienveillants du livre.
- la mention d'une chatline où les hommes gays payaient un numéro de téléphone surtaxé pour discuter, sans jamais sauter le pas de la rencontre en vrai parce que c'était trop dangereux. Des gens qui se retrouvent et parlent de tout et de rien, mais aussi des moments de pornographie audio pour des gens qui, idem, ne se verront jamais.
- la longueur du développement amoureux entre James et Mungo. La pression de l'environnement hyper macho dans lequel ils vivent fait que le contact physique est long à se mettre en place, mais c'est d'autant plus puissant :
James raised his arms out from under the weight and draped it across Mungo's shoulders. It made Mungo flinch in anticipation of a blow, a flick, a chokehold. But as he waited for retaliation, it slowly dawned on him that no hurt was coming. Instead of rejecting him James had made more space for him. (p.129)
En ce qui concerne la fin, elle était ouverte et ambiguë, et je sais que c'est uniquement fictionnel, mais le livre m'a tellement marqué que j'espère juste qu'il s'agit d'une fin heureuse pour James, et pour Mungo.
Conclusion
C'est le plus beau livre que j'aie lu depuis mon arrivée au Royaume-Uni (aussi pour la plume de l'auteur, qui est beaucoup plus raffinée que celle de Just By Looking At Him que j'ai lu juste avant par exemple). Mais je pense qu'il faut le lire en tant que lecteur averti.
D'ailleurs j'aimerais beaucoup avoir des retours sur la fin (si jamais ce post de blog ne se retrouve pas perdu dans la masse d'Internet et que quelqu'un qui l'a lu souhaite y répondre ahahaha).

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