devenir assistant·e de langue française au royaume-uni
Depuis maintenant 3 mois, je suis assistant de langue au Royaume-Uni. Pour répondre à une question que je viens de voir dans mes DM twitter,
et pour essayer de faire un bilan jusqu'à présent (à chaud), je crois qu'il peut
être intéressant de faire un article sur ce métier.
C'est quoi être un assistant·e de langue, dans les grandes lignes ?
C'est travailler dans un pays étranger pour aider des professeurs à enseigner sa langue maternelle propre. Dans mon cas, je travaille au Royaume-Uni et j'aide à enseigner le Français, qui est ma langue maternelle. Le plus souvent, l'assistant de langue se consacre à la pratique de l'oral.
Pourquoi devenir assistant·e de langue ?
Devenir assistant·e est une bonne manière de se faire une première expérience dans l'enseignement.
Dans mon cas, j'envisage surtout un futur dans la traduction (mais je ne ferme pas la porte à l'enseignement) et j'avais surtout des objectifs langagiers:
- En effet, n'ayant jamais mis les pieds dans un pays anglophone, je trouvais dommage de valider une licence d'une langue dont je n'avais visité aucun des pays locuteurs.
- De plus, j'ai souvent assez honte de mon accent et j'arrivais à un stade où je ne savais plus quoi faire pour l'améliorer, parce que j'ai l'impression d'éviter les erreurs typiques de français mais qu'on entend quand même que je suis français. Je trouve que la licence (bon, je n'ai fait qu'une L3) a bien servi en terme de phonétique, mais je n'ai pas appris grand chose sur les différents accents et comment les imiter, et j'aurais voulu travailler ceci. Je me suis donc dit que le mieux était de voir par moi-même.
Enfin, il s'agissait aussi d'une manière de remplir mon CV par une expérience assez valorisante, puisque j'avais peur d'arriver sur le marché du travail avec un CV vide de toute vie professionnelle.
Comment devient-on assistant de langue ?
Dans mon cas, c'est en arrivant en L3 de LLCER qu'une de mes profs a mentionné la possibilité de le faire. J'ai tenté ma chance de deux manières.
Par annonce privée
J'ai d'abord postulé par une annonce privée dans une école, école qui m'a refusé à la suite d'un entretien Zoom. Mais il faut être à l’affût : cette annonce m'avait été proposée par l'université, et il est possible qu'il y en ait d'autres du même type.
Par France Éducation International (ancien CIEP)
Autrement, le plus simple (et ce que j'ai fait) est de postuler via l'organisme France Education International (FEI). Leur site comporte des fiches pays expliquant, pour chaque pays, quels sont les modalités pour prendre part au programme (quelle licence valider, à quel niveau), le salaire, la durée du placement etc.
Je conseille de consulter le site fréquemment pour se tenir au courant de l'ouverture de la plateforme d'inscription, mais aussi de la durée des différentes étapes. La plateforme demande surtout de compléter des boîtes de dialogue et de téléverser des documents (je conseille donc d'avoir un CV à disposition, ses bulletins scolaires, ses papiers d'identités etc.). Quand j'ai postulé, le site utilisait une nouvelle plateforme qui était parcourue de bugs. J'ai été bloqué plusieurs fois et j'ai dû envoyer de nombreux e-mails : prenez-vous y au plus tôt.
J'ai aussi dû passer un entretien avec l'une de mes professeures, pour attester que mon niveau d'anglais était suffisant pour partir, mais aussi pour comprendre quelles étaient mes motivations à devenir assistant et si j'avais les qualités requises.
On sait d'abord que l'on est accepté par le programme avant de savoir si l'on est accepté par une école. C'est avant le début de l'été que j'ai su que je serai pris.
Dans la pratique, que fait-on quand on est assistant de langue ?
Cela dépend du pays et des classes, mais l'assistant aide à faire travailler les compétences orales des élèves. Iel peut intervenir en classe avec le professeur, ou dans des groupes plus petits. On ne peut pas lui demander de tenir une classe complète ou d'attribuer une note.
Dans mon cas, je travaille avec des élèves d'années 9 à 13 (de la 4ème à la terminale). Je vois le plus souvent les élèves par groupes de 2 (ils quittent le cours pendant quelques minutes pour discuter avec moi dans un bureau), mais il arrive que je reste avec la classe.
Avec tous, je prends des notes de leurs erreurs afin d'envoyer un feedback avec du vocabulaire, des règles de grammaire, des phrases que j'ai reformulées etc. J'ai beaucoup plus recours à l'anglais avec les plus jeunes (pour certains, c'est la première année qu'ils font du Français donc je ne peux pas en demander beaucoup), mais j'essaie de m'en passer complètement avec les années 12 et 13 (sauf pour expliquer des points de grammaire).
Je fais des activités différentes selon les groupes, mais la pratique reste centrée sur la conversation en Français :
- Year 9 :
- En classe : Ce sont mes élèves les plus jeunes. J'essaie de suivre l'ordre du manuel et de leur faire dire des choses en m'appuyant sur des questions déjà vues en cours. Mais j'utilise aussi beaucoup l'anglais car ils sont en classes de niveaux et que certains ont de grosses difficultés (pour leur faire dire des nombres, pour leur faire construire des phrases). J'essaie parfois de répondre moi-même aux questions que je pose pour qu'ils aient un exemple, mais cela ne marche pas toujours. Je me concentre sur les très grosses erreurs, comme prononcer le S et le T dans "il est".
- Une fois par semaine, pendant 30 minutes, j'ai aussi un club du midi basé sur le volontariat. Les élèves sont libres de venir ou pas.
- Mes débuts :
- J'ai voulu les faire travailler sur "Je l'aime à mourir" de Cabrel, et j'avais préparé plusieurs activités : remettre les paroles dans l'ordre, conjuguer les verbes, quelques questions etc. Ça n'a pas du tout marché, c'était très dur de garder leur attention (d'autant que c'était leur pause repas), et l'activité a duré 3 séances au lieu d'une. On m'a dit qu'il s'agissait d'un très bon support, mais qu'il était trop scolaire.
- J'ai dû revoir le niveau de mes activités à la baisse car j'en avais prévu beaucoup, mais je me suis rendu compte que ça ne passerait jamais.
- Je trouve qu'il est très difficile de maintenir l'attention de tout le monde, surtout pendant la pause repas, et ma première séance du midi m'a un peu découragé. Mais sachant ceci, je ne le prends plus aussi personnellement et ça rend les choses plus faciles.
- A l'avenir :
- J'ai eu très peu de séances du midi, mais je prévois de faire des jeux (on a par exemple joué aux 7 familles en Français) et des quiz (je pense en faire un sur le pain par exemple).
- On m'a conseillé d'ajouter une dimension compétitive dans mes activités : des équipes, des points etc. Cela permet de mieux faire participer la classe.
- Yr10 : je n'ai que des séances de conversation, pas de séance du midi, donc je fais comme avec les Yr9 mais en suivant leur programme. J'essaie de leur faire utiliser les différents temps verbaux, et je tente de les faire (un peu) débattre (=avec beaucoup d'aide, j'essaie de les faire donner leur avis etc.)
- Yr11 :
- les années 11 ont pour la plupart choisi de faire du Français, ce qui fait qu'ils sont beaucoup plus motivés. Comme ils préparent leur GCSE, je les aide en essayant de suivre les modalités de l'examen :
- J'ai une feuille de questions qu'ils ont préparé, et je les aide à corriger leurs réponses.
- J'ai aussi différentes activités de jeux de rôles, calquées sur le modèle des examens.
- Dans tous les cas, c'est peut-être ma classe la plus facile parce que j'ai peu de choses à préparer et qu'ils sont assez réceptifs.
- Yr12 et Yr13 : ils préparent le Français pour leur A-levels, et sont pour la plupart très doués. Mes sessions avec eux sont beaucoup plus longues, parfois jusqu'à 30 minutes.
- Souvent, je leur envoie un article qui fait écho au programme, et je leur pose des questions dessus en leur demandant leur avis. C'est assez compliqué de trouver des articles qui ne sont ni trop durs, ni trop faciles, et je passe beaucoup de temps à scroller sur Google Actualités pour en trouver.
- De temps en temps (mais ça risque de devenir plus fréquent), je les fait travailler sur des photocartes : je leur montre une image et sa légende, et ils doivent donner leur avis.
Ce n'est pas le cas des autres assistants, mais j'ai aussi deux heures de travail de bureau. Parfois, j'aide à préparer des supports de cours, ou bien à compléter des documents, mais il arrive aussi qu'on ne me donne rien à faire, auquel cas je m'avance dans mes préparations.
Mon retour d'expérience après 3 mois
Les points positifs
- Il va sans dire que j'ai l'impression d'avoir gagné une grande ouverture culturelle. J'ai mieux compris comment fonctionnait leur système scolaire, mais j'ai aussi pu voir tout un tas de petites différences auxquelles je ne m'attendais pas, et ça fait plein de petites histoires à raconter.
- Habitant près de Londres, il m'est très facile de pouvoir sortir et de faire des visites. C'est une manière unique de vivre une expérience touristique tout en apprenant à connaître les lieux à la manière d'un local.
- Cet emploi n'est pas très chronophage : 14h par semaine, sans compter le temps de préparation (mais un temps de préparation très moindre quand on compare à ce que fait un prof). Je trouve qu'on a les avantages à être prof sans les inconvénients.
- La plupart des élèves, surtout les plus grands, sont curieux et il est assez facile de créer du lien.
- Il est possible de rencontrer d'autres assistants de langue venant de différents pays.
- J'ai redécouvert ce que c'était que d'avoir du temps libre. Après deux ans de prépa où j'avais intérieurement abandonné, et une année de licence que j'ai passée à roupiller devant Secret Story parce que j'étais épuisé mentalement, j'ai l'impression d'arriver à mieux profiter de la vie. Je lis, j'écris des choses positives dans mon journal, j'ai recommencé à jouer à la console, je traduis un peu, je regarde des dessins-animés, je vais beaucoup à la salle de sport... Ça fait du bien de réapprendre à vivre.
Les points négatifs
- Il est assez difficile de rencontrer réellement des anglophones. Je crois être le seul à l'avoir fait dans mon groupe de potes d'assistants de langue, et c'était grâce à grindr mdr. En gros, je crois qu'il faut essayer par soi-même de rencontrer du monde et ce n'est pas toujours aisé (heureusement, j'ai des besoins en sociabilité assez faibles et comblés par mes moments à la salle de sport avec l'assistant mexicain de mon école).
- Certains élèves sont difficiles, soit parce que leur niveau est trop faible pour que j'aie l'impression de réellement servir, soit parce qu'ils se dissipent facilement - et que, dans le fond, ils ne veulent pas faire de Français. C'est loin d'être la majorité, mais il y en a quelques uns que je redoute mdr.
Comment a évolué mon niveau d'anglais depuis que j'habite au Royaume-Uni ?
C'est assez difficile à décrire. Au début, malgré des années à ne lire quasiment qu'en anglais et à ne rien regarder en Français à la télé, je ressentais une grande fatigue linguistique. Cette fatigue est passée.
On m'a fait remarqué que je parlais anglais beaucoup trop vite, comparé à un vrai anglophone, et que mon rythme faisait étranger. J'essaie de ralentir, mais j'ai parfois du mal, sachant que mon débit de parole est déjà très haut en Français.
Aussi, au début, j'avais assez honte d'envoyer des messages vocaux en Anglais car j'allais laisser une trace de mon accent quelque part. J'ai surpassé cette peur (d'autant que l'envoi de messages vocaux est ma manière principale de communiquer).
J'avais déjà une bonne grammaire et je ne pense pas qu'elle ait changé. En revanche, j'ai découvert certaines choses que j'avais apprises comme étant fausses, mais que les anglophones font assez souvent, par exemple dire :
- To be sat/stood.
- How is you?
- To shook one's head no
C'est intéressant car cela m'expose à une langue plus brute.
J'ai aussi pris conscience qu'il y a des gens qui parlent avec un accent que je ne comprends pas, ce qui ne m'était jamais arrivé avant. Je n'ai plus honte de faire répéter quand j'ai du mal à entendre/comprendre.
En revanche, je ne sais pas si mon accent s'est amélioré. J'essaie des choses, j'essaie de changer la position de ma bouche, de parler plus en avant et moins dans la gorge, mais si je ne suis pas activement concentré dessus c'est difficile de tenir. C'est compliqué car à chaque fois qu'on me demande si je suis Français j'ai honte et j'ai l'impression de ne pas réussir à faire assez, alors même que les gens sont toujours bienveillants. Mais j'accepte un peu plus l'idée que je ne perdrais sans doute jamais mon accent et que ce n'est pas si grave (en tout cas, je me sens moins jugé par les anglophones que quand je parle anglais devant un public francophone).
Tout compte fait, mon niveau d'anglais n'a probablement pas changé (en dehors de la fatigue linguistique que je ne ressens plus), mais j'ai gagné en confiance.
Mes conseils
- Pendant l'inscription :
- Prenez-vous y le plus tôt possible pour éviter les bugs des différentes plateformes.
- Préparez vos documents à l'avance et gardez des copies.
- Lisez bien les fiche pays du site de France Education International.
- Ayez un plan de secours pour ne pas vous retrouver sans rien. Si vous candidatez en master, consultez régulièrement les pages liées à la procédure de césure dans votre université.
- Parlez à votre tuteur·ice mais aussi à l'assistant·e qui vous a précédé. C'est comme ça que j'ai pu trouver comment me loger facilement !
- Sur place :
- Les Français ont tendance à rester entre eux et à ne parler que Français. éloignez-vous d'eux si vous voulez vraiment avoir l'occasion de faire de l'Anglais (ou bien parlez Anglais avec eux. C'est difficile, car on se sent jugé, mais si on commence tout de suite du bon pied c'est plus facile).
- Profitez-en pour faire des visites.
- Pendant les cours, ne prenez pas personnellement les remarques blessantes que certains élèves pourraient vous faire. Il faut laisser couler.
- Avec les élèves plus jeunes, essayez de parler un français simple/qui tient en peu de mots. En revanche, avec les plus grands, n'hésitez pas à essayer de parler comme s'ils étaient vraiment francophone. C'est super pour eux car ils verront les onomatopées et les interjections propres à la langue, mais aussi le verlan... Tout un tas de choses qu'ils ne verront pas en classe mais qui donnent énormément d'authenticité.
Mon bilan
J'apprécie beaucoup mon expérience, pour autant je réalise que je ne veux pas enseigner dans une école. Être tuteur privé serait probablement bien plus convenable si je me destine à l'enseignement.
En ce qui concerne mes objectifs de langue et mes progrès, pour l'instant, je n'ai eu les résultats que j'escomptais (mais changer d'accent, ça se fait sur plusieurs années, j'étais trop ambitieux). En revanche, j'ai gagné beaucoup de confiance en moi et je n'aurais pas pu le faire sans partir.

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