le consentement n'est pas suffisant

J'ai un souci avec la notion de consentement - en fait, avec le fait que ce mot ait été choisi comme limite du bien et du mal, qu'il soit au centre de toutes les discussions sur le sexe, alors qu'il comporte bien des problèmes.

Consentir, c'est se situer dans une relation transactionnelle 

Accepter que quelque chose se fasse ; tomber d'accord sur quelque chose ; acquiescer : La direction consent à l'augmentation des salaires.

source : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/consentir/18360

Quand on consent, on accepte une proposition que l'on nous fait. Pouvoir consentir, c'est avoir le choix d'accepter ou de refuser. Le problème avec ça, c'est qu'il y a (1) une personne à l'initiative et (2) une personne qui est en position de consentir (accepter) ou de refuser. Il y a une personne qui pose les questions et une qui répond de manière fermée (oui/non).

C'est loin d'être suffisant, puisque cela induit de fait un déséquilibre, voire une dynamique de pouvoir, dans la relation.

Le désir devrait être au centre, pas le consentement

Dans littéralement tous les domaines en dehors du sexe, le consentement n'a rien à voir avec le désir. Je consens à faire une anesthésie générale pour me faire retirer les dents de sagesse, mais est-ce que j'en ai envie ? certainement pas !

On se retrouve avec une équation "consentement = désir" qui est à son origine même, fausse. On traite de manière simpliste une question très complexe en matraquant des slogans. On réfléchit par catchphrases au lieu de se poser des questions.

Et je crois que si on fait ça, c'est parce qu'il est impossible de mesurer le désir. On ne peut se baser que sur une réponse verbale ("oui" ou "non") qui elle-même n'est pas forcément représentative de la réalité. Et ce n'est pas parce que la réalité est plus complexe que ce l'on peut déduire en tant qu'observateur qu'il faut la nier.

Si c'est pas un "oui" clair, c'est un "non", mais ...

On est tous d'accord pour dire qu'un oui peu clair n'en est en fait pas un et qu'il faut le traiter comme un non (même si, de mon point de vue, si on dissocie consentement et désir, alors on peu consentir (dire "oui" après des coups de pression) sans vouloir/désirer. Et ça reste TRÈS PROBLÉMATIQUE, mais si on respecte strictement la définition des mots, il y a consentement mais pas désir, ce qui fait que le désir devrait être le critère principal pour juger la validité d'une relation sexuelle, pas le consentement).

Mais savoir exprimer un "non", c'est difficile, et il arrive aussi qu'on dise "oui" par flemme, parce que c'est honnêtement plus simple sur le moment. Un "oui", même clair, n'affirme pas que la personne désire ce qu'il est en train de se passer, et je crois qu'on devrait faire un peu plus de prévention sur les signes non-verbaux pour éviter des traumatismes.

Quand on ne sait pas soi-même ce qu'on veut 

Je suis sûr que je ne suis pas le seul à qui c'est arrivé, de ne juste pas savoir ce que moi, je voulais, au fond (dans une relation sexuelle à un moment T, mais aussi de manière plus globale et hors contexte sexuel). Je peux consentir (accepter que quelque chose se fasse) sans même savoir si je désire ou pas que la chose se passe.

Personnellement, je préfère me dire que quand je ne sais pas si je désire, alors c'est non, pour m'éviter des traumatismes.

D'où vient mon désir ?

Est-ce que mon consentement est légitime si mon désir ne vient pas de moi ?

Je pense au triangle du désir mimétique de René Girard, et à l'idée qu'on ne désire quelque chose que lorsque l'on a un médiateur qui désire cette même chose

En gros, selon cette théorie, quand je désire quelque chose, je ne fais que copier le désir de quelqu'un d'autre.

Et pour moi ça a beaucoup de sens, surtout quand on pense à des sujets comme les kinks (daddy kink je pense à toi) où finalement, on peut se demander si ça vient de nous ou bien de ce que l'on voit et qui a été mis en scène (par des hommes plus vieux dans le cas du daddy kink). Et si c'est un désir qui ne vient pas de moi mais qui a été imposé à moi, est-ce que je peux consentir ?

De toute façon quoi qu'il arrive, on peut penser que le désir vient de soi et/ou de la société, pas besoin d'un exemple précis, mais si on ne sait pas si le désir est véritablement sien, alors il devient assez compliqué de savoir quelle sera la valeur d'un potentiel "oui".

Conclusion

Ce que je voulais mettre en lumière dans ces quelques points, c'est que pour tout un tas de raisons, je crois que le consentement n'est pas assez. Je crois qu'on fait fausse-route en le brandissant comme étendard de la relation sexuelle légitime, et qu'on refuse de se confronter à la réalité que consentir ("désirer", si on reprend la distinction que je crois être vraiment importante) c'est pas si simple que ça. De plus en plus, j'ai l'impression qu'on ne réfléchit plus et qu'on balance des catchphrases à tout va, catchphrases qui nient toute la complexité des choses dont elles discutent et nous ramènent à une espèce de binarité oui/non qui ne saurait rendre compte de la réalité.

Il faut reconnaître la complexité/difficulté même si on ne peut pas la traduire exactement.

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