être objet de désir quand on quitte la beauté conventionnelle

Il y a un peu plus d'un an, j'ai commencé à perdre mes cheveux. Ça a été progressif et personne ne l'a remarqué (car je pouvais encore le cacher par ma coiffure), jusqu'à cet été où mon entourage ne pouvait plus se voiler la face quand j'en faisais mention. Le minoxidil aidant, cette étape semble maintenant derrière moi puisque j'ai enfin retrouvé l'intégralité des cheveux que j'avais perdus à l'avant du crâne :D

Mais ce moment où je les perdais sans trop oser agir parce que j'avais honte a été très compliqué parce que j'ai commencé à penser que j'allais perdre en désirabilité. Et j'ai beaucoup réfléchi à comment je me percevais en tant qu'être sexuel et désirable.

Dans la communauté gay, je suis un twink. Je ne suis pas vraiment à l'aise avec le mot que je trouve très sexualisant (de toute manière j'ai du mal avec le fait qu'on me mette dans une catégorie par défaut), mais c'est un fait :

A "twink" is usually considered a homosexual male with attractive, boyish qualities. Typically from the ages of 18-25, and often thought as a young, white, fashionable male.

source : http://twink.urbanup.com/10995545

Et malgré mon problème avec tous ces mots, toutes les tribes qu'on a sur grindr (daddy, otter, twink, bear, clean-cut, sober etc. etc.) qui viennent directement du porno, bah j'ai commencé à paniquer à l'idée de me retrouver dans un entre-deux. Si je n'ai plus de cheveux, alors je ne peux plus être un twink. Mais si je ne peux pas avoir de barbe, de poils, que je ne peux pas prendre de poids, alors je ne peux pas passer dans une autre catégorie d'un physique normé et donc désirable.

Perdre mes cheveux, c'était perdre une part de mon identité (des années de couleurs fun, être connu comme "le mec aux cheveux arc-en-ciel" depuis mes 14 ans), mais aussi perdre l'un des attributs qui faisaient que, selon moi, j'étais désirable. Le fait de devenir un entre-deux, sans ma catégorie, me terrifiait, parce que comment désirer quelqu'un que l'on n'a pas prévisualisé grâce à un stéréotype ? Ce que je dis est très grave mais c'est le sentiment qui m'a habité, et visiblement, dans quelques discussions que j'ai pu avoir avec certaines personnes dont l'estime d'elles-même a été brisée par grindr, je ne suis pas seul.

D'un côté, on pense pouvoir échapper au culte de la masculinité et de la virilité en sortant de l'hétérosexualité ; de l'autre, on vit sous le diktat de la tribe. Le fait d'avoir plein de nouvelles cases, et d'être dans une communauté qui accepte plus facilement des corps hors normes (enfin, dirait-on) c'est bien, mais on doit tout de même se conformer à de nouveaux standards pour ne pas avoir de problèmes d'image.

Moi je pense qu'au lieu de multiplier les cases, on devrait les détruire et apprendre à think outside of the box (ou à détruire the box typiquement). Je crois aussi que le fait de vivre cette expérience d'être dé-casifié est aussi l'opportunité d'explorer ce que l'on aime véritablement, et de s'amuser avec son apparence (vestimentairement, capilairement etc.), de faire le mieux avec ce qu'on a (sans avoir un idéal du "mieux" en question). Et c'est ce que j'essaie de me dire : si je ne rentre plus dans la case, si je ne peux plus être dans une catégorie définie qui m'assure d'être désiré pour mon physique, alors autant être dans une démarche créative et voir ceci comme quelque chose de libérateur, autant en tirer le meilleur. 

Puisque la case n'existe plus pour moi, alors je ne peux plus être jugé par rapport à un standard, donc j'ai l'opportunité d'en faire le meilleur. (Bon en retrouvant mes cheveux j'ai l'impression d'être redevenu un twink,,, une réflexion basée sur un événement de courte durée, donc.)


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