my gender is in the eye of the beholder

Ce weekend, j'ai revu mon ami·e Line, ce qui entraîne systématiquement des conversations sur tout un tas de sujets assez variés. Ce que j'aime, c'est qu'on arrive souvent à se poser des questions similaires même après des mois sans se voir, et qu'on se trouve régulièrement dans des spirales de raisonnement identiques. On a reparlé du genre.

Depuis la dernière fois, je crois que j'ai touché du doigt une nouvelle étape de mon questionnement sur le genre, et je sais que cela va à l'opposé de ce qu'on lit d'habitude, mais : est-ce que mon genre m'appartient ? La question semble farfelue, mais l'idée que mon genre ne m'appartient en fait pas vient d'un constat assez simple : la première instance à me genrer (c'est-à-dire à me classer [car dans n'importe quel autre contexte (genres littéraires, genres cinématographiques etc.) le genre implique une manière de classifier les choses]), c'est la société. C'est aussi la société qui fait de la masculinité un cercle très fermé auquel je n'ai pas accès (Line parlait de la lad culture et je crois que c'est un bon angle pour voir que le fait d'être dans un corps d'homme cis n'est même pas suffisant pour "être un homme").

Je n'ai pas choisi d'avoir un prénom masculin, pas plus que l'on utilise "il" pour me désigner. C'est à la personne qui me fait face de déduire par mon expression de genre quel est mon genre, c'est elle qui me classe. Je peux influer là-dessus, mais dans ce cas cela reviendrait à choisir d'altérer mon apparence pour un concept que je comprends mal.

Le fait est que je pense de plus en plus que je n'ai pas de genre, où tout du moins que cela ne peut pas émaner de moi car le concept m'est trop étranger. Mais j'aime qu'on se réfère à moi au neutre (pour l'idée que cela renvoie) (le pronom "iel" me plaît de plus en plus, même si avant j'étais plutôt attiré·e par "ael") ou au masculin (par habitude).

Mon genre, si j'en ai un, ne dit rien de moi. Peu importe le genre que j'ai ou qu'on m'attribue, ce n'est pas ça qui englobe ma personne. Je trouvais plus facilement ma place dans des microlabels à l'époque, mais aujourd'hui ce n'est plus le cas. Je réalise que mon genre est parfois important, parfois non. Que me polluer le cerveau à savoir si je suis un homme non conforme de genre (GNC) ou une personne non-binaire n'a strictement aucun intérêt pour moi.

De plus, j'ai l'impression que mon orientation sexuelle est une chose beaucoup plus tangible que mon genre, car j'ai une preuve factuelle qu'elle existe puisque je ne suis pas hétéro. Mon genre en revanche, bof bof. J'ai l'impression qu'il fait beaucoup moins partie de mon identité. Et de plus, le concept d'orientation sexuelle implique aussi que c'est le fait de rentrer dans une image de la masculinité ou de la féminité qui fait que je vais être potentiellement désirable pour quelqu'un. C'est plutôt basé sur une expression de genre (et sur sa réception par les autres) que sur un genre lui-même.

Depuis quelques temps, j'essaie de faire les choses au feeling. Parfois je me genre au masculin pendant des mois pour ensuite n'utiliser que des points médians, et changer à nouveau. Je crois que mon journal intime en est le meilleur reflet puisque c'est là que j'écris sans peur d'être jugé·e car il n'est écrit pour personne d'autre que moi. Et je me dis qu'on peut réfléchir à des caractéristiques du genre sans penser au genre, que je n'ai pas besoin de connaître mon genre (si j'en ai un) pour utiliser le pronom ou les accords qui me parlent le plus au moment où j'écris.

Je me dis de plus en plus qu'au lieu de réfléchir par package ("homme = il + vêtements masculins + attitude masculine etc." si on veut être perçu correctement), je veux réfléchir de manière modulaire. C'est-à-dire à ne pas lier constamment mes choix d'accords ou de vêtement au genre.

Mon genre est dans l’œil de celui qui m'observe, il est extérieur à moi.


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