mon rapport au genre - ou comment je suis tombé·e dans une spirale infernale qui semble insoluble

j'y pense depuis quelques jours parce que j'ai eu une conversation sur grindr à ce propos et que je voulais avoir un endroit pour organiser un peu mieux mes idées, sachant que je change régulièrement d'avis quant à mon rapport à la binarité de genre. alors je vais essayer de reproduire textuellement la boucle de pensées qui, pour moi, est la plus représentative de mon questionnement sur le genre.

★ pourquoi la non-binarité s'est imposée à moi ?


déjà, je crois que c'est quelque chose que j'aurais pu voir venir depuis ma plus tendre enfance. quand j'étais petit·e, j'avais des goûts qui n'étaient pas conventionnels pour les garçons, et on me l'a vite fait comprendre (pas mes parents, mais à l'école etc.). j'aimais le rose, les bijoux, le dessin-animé magical doremi, je ne jouais quasiment qu'avec des filles etc. ça n'était pas spécialement un problème au début, au contraire, mais ça l'est TRÈS vite devenu. en ce1, mon groupe d'amies filles m'a jeté·e pour que j'aille jouer au foot alors que je n'aime pas ça (c'était littéralement une réalisation de la chanson de mika...). en cm1, je me faisais déjà traiter de pédale, et je ne parle même pas du collège où tout ce que je faisais était sujet à jugement. j'avais une montre violette "de fille", un sac eastpak multicolore "de fille", je faisais des bracelets rainbow loom "de pédale" etc. on ne m'a jamais foutu la paix.

l'homosexualité n'a pas aidé de ce côté-là, puisque j'ai eu l'impression que c'était l'une des nombreuses choses qui me "retiraient" ma carte d'homme. on peut se dire qu'il n'y a pas de souci à être un homme et à ne pas être hétéro, mais ce n'est clairement pas comme ça qu'on m'a fait me sentir, parce que l'association d'idées est vite faite entre le fait de ne pas remplir toutes les conditions pour être viril et les mots des autres. "t'es pas un homme."

j'ai cru assez longtemps que j'étais une femme trans, puisque tout le monde semblait sous-entendre que je serai mieux en fille. j'ai déjà pleuré parce que je voulais être une fille, j'avais l'impression que, au moins, tout ce que je faisais n'allait pas être revu au peigne fin par des collégiens débiles. je croyais réellement que j'étais victime de sexisme, quelque chose que j'ai déconstruit en comprenant bien plus tard que c'était juste les dommages de la virilité/masculinité compulsive des autres.

en fait, le problème, c'était pas d'être dans le mauvais genre, parce que dans le fond je ne voulais pas être une femme. le problème, c'était d'être dans un genre tout court, un genre qui allait visiblement régir toute ma vie et toutes mes interactions. alors j'ai décidé que j'étais agenre. je ne "ressens" pas une identité de genre, je n'y ai de toute façon jamais vraiment compris grand chose. le genre me pourrit la vie, alors je le rejette.

★ ce que la non-binarité m'a permis

j'ai d'abord la possibilité d'écouter mes envies profondes, beaucoup plus. j'avais déjà des piercings, des cheveux de toutes les couleurs, du maquillage etc., et je me voyais comme un garçon qui suit ses véritables envies. mais depuis que je me dis que je ne suis pas/plus un garçon, je ressens une bien plus grande liberté et j'explore mieux mes inclinations. un exemple de ça, c'est le rouge à lèvre. auparavant, je ne me serais jamais vu en mettre : j'adorais me maquiller les yeux, mais ça, c'était juste un truc trop féminin et que je n'appréciais pas. j'étais sincèrement convaincu·e que, puisque j'avais tant de facilité à suivre mes envies face au reste des gens, je pouvais reconnaître le fait que mettre du rouge à lèvres n'était pas un désir. et finalement, contre toute attente de ma part, je me suis laisser tenter et me suis rendu·e compte que j'adorais ça, que ça complétait parfaitement mon physique etc.

ce que j'ai compris de ça, c'est que (oui oui c'est très basique comme conclusion (l'eau ça mouille) mais sur ce blog on a le cerveau grillé) (préparez-vous à une révélation des plus banales) : mes goûts dependent de la SOCIÉTER 🚬 et :

  • plutôt que de me dire "est-ce que je suis sûr·e d'aimer ceci ou bien c'est juste la pression sociale qui me fait faire/aimer cette activité ?" (par exemple quand une femme se convainc qu'elle AIME s'épiler malgré la pression de la societerent tout ça tout ça)
  • je me suis dit : "est-ce que je suis sûr·e de ne pas aimer ça ?"

en renversant la question, j'en suis arrivé·e à être ouvert·e à tester beaucoup plus de choses.

mais tout ceci à des limites.

★ mes doutes

♦ les autres

déjà, c'est super d'avoir levé des barrières, mais j'en ai toujours. il y a des choses que je m'empêche de faire parce que j'ai ultra peur de me faire taper dans la rue, déjà que je me suis fait crime time parce que j'avais du vernis dans le métro alors bon... et puis le fait d'avoir été agressé·e cet été n'aide pas :)))

par exemple, j'ai maintenant envie de tester les robes, je trouve que certaines sont ultra belles genre elle :

et c'est un pas que je ne me vois pas franchir de sitôt pour les raisons évoquées plus haut. je suis très à l'aise dans mes vêtements alors ce n'est pas un grand sacrifice, mais c'est un sacrifice tout de même.

♦ une construction en réaction

parfois, je me dis que tout ça c'est de la connerie et que je pourrais revenir à l'idée que je suis juste un garçon et que c'est normal de ne pas être un être stéréotypé au possible. je me demande souvent si c'est légitime de me sentir non-binaire par rejet des conceptions genrées. c'est comme si, à force de m'avoir dit que j'étais pas un homme j'avais décidé de revenir vers une identité que je maîtrise, qui n'implique que moi (alors qu'être un garçon, c'est être dans un groupe de garçons). le genre, c'est une manière de classer, c'est d'ailleurs comme ça qu'on le définit assez souvent.

et puis y a aussi toutes les considérations physiques qui me font douter, tant sur le plan des attirances envers les autres que de mon physique en tant que tel. je trouve ça étrange au possible d'être sexuellement attiré·e par un "genre", moi quand j'ai une attirance sexuelle elle se fait pour un corps et pas une réalité sociale. est-ce qu'on peut se dire "homo"sexuel quand on ne se voit soi-même plus dans la binarité des genres ? j'ai l'impression que dès que je touche à ça, la binarité de genre me rattrape, que finalement, oui je suis dans un rejet de la masculinité mais que c'est quand même toujours par rapport à elle que je me positionne, que peut-être que ma non-binarité n'est pas quelque chose qui a du sens sans prendre en considération le fait que je ne veuille sincèrement plus être un homme parce que ça m'a trop porté préjudice.

je trouve que ma pensée autour de ce sujet a tendance à boucler et j'ai énormément de mal à sortir de ces considérations, j'oscille entre deux positions (homme parce que je n'ai pas à cocher toutes les cases de la masculinité/parce que c'est plus facile pour être tranquille (et encore... c'est aussi beaucoup se restreindre) ; et non-binaire/agenre parce que j'estime que le genre c'est de de la merde, et alors là je ne sais pas si c'est une identité qui vient vraiment de moi ou pas...)

je ne sais pas ce que vous en pensez, ce que ça vous évoque, si ce que j'exprime garde une certaine clarté ou pas : ça reste un truc écrit vite fait dans le train, mais j'y pense beaucoup et parfois je me demande si chercher à tout pris "ma" case n'est pas voué à l'échec, même quand je me dis qu'être agenre c'est ne plus avoir de case.

Commentaires

  1. Je trouve tes réflexions intéressantes et constructives. Tu es dans un idéal de recherche (profonde et réelle) de soi que notre société ne permet pas réellement. Ton vécu de harcèlement me fend le cœur car je trouve que ce troupeau maltraitant ramène l'humain au stade animal: rien de doit sortir du rang... c'est un monde bien triste et étriqué mais qui rassure les faibles d'esprit, refusant de questionner leur identité, leur vie, leur éducation, leurs valeurs... On peut passer à côté de soi toute sa vie et passer à côté de son bonheur. Tu es bien courageux.se de te poser ces questions. Tu y gagneras à moyen terme et à long terme ton bonheur intérieur, ta paix, ta sérénité, ta connaissance de toi-même. Tu n'auras peut-être plus besoin des artifices extérieurs pour t'affirmer et tu avanceras dans ta vie serein.ne et entouré.e de belles personnes qui te méritent. Fais toi confiance... tâtonner, explorer, questionner... quoi de plus beau ?

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    1. je suis désolé·e de ne jamais avoir répondu à ton commentaire, mais sache qu'il m'avait profondément touché·e à l'époque où je l'ai lu et que c'est encore le cas aujourd'hui ♥

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